Georgio : « Les gens complètement heureux, c’est juste chiant »

Après la Block Party au Jardin des Fonderies, on vous a présenté ce samedi 21 mars le deuxième évènement organisé par Big City Life : le concert de Georgio au ferrailleur. Et on doit vous avouer qu’avec les potos de Sound’Action, on est plutôt fiers de nous, c’était chaud bouillant ! Le public était survolté et le rappeur du 18ème était largement à la hauteur de nos espérances, il aime le live et ça se voit. Au programme : grosse session d’improvisation, des slams sur du Nirvana et, en pleine préparation de son premier album Bleu Noir, Georgio nous a aussi fait le plaisir de lâcher deux exclus pendant le concert ! Après ce petit avant-goût qu’on a eu, on peut vous dire que cet album va être dingue…

Rencontre avec Georgio, l’artiste indomptable

BCL : Salut Georgio, tout d’abord, pour ceux qui ne te connaissent pas, est-ce-que tu peux te présenter un peu ?

Georgio : Georgio, 22 ans, j’habite en banlieue proche de Paris, je représente mon 18ème arrondissement, mon mythique 18ème arrondissement. En fait à la base j’étais des Lilas, après j’ai habité Angers et là j’habite le 18ème. Tu vois je suis un vadrouilleur. Sinon, j’ai sorti mon premier projet Une nuit blanche pour des idées noires en 2011, Mon prisme en 2012, en 2013 Soleil d’hiver, en 2014 Nouveau souffle et A l’abri, et là je bosse sur mon premier album Bleu noir qui sortira en octobre 2015. En ce moment, je suis en plein enregistrement, j’ai pas mal de textes, pas mal de prods, j’enregistre, je teste des morceaux… Après je vois que la prod’ ne me plait plus, je la change, ou je change une rime, mais sinon j’enregistre beaucoup.

BCL : Est-ce qu’il y aura des collaborations sur cet album ? Tu n’as pas une exclu pour nous ?

Georgio : Non, l’exclu c’est que je vais faire deux ou trois exclus ce soir pendant le concert.

« Je suis super fier et heureux qu’autant de gens aient participé au projet »

BCL : Cet album tu as pu le produire grâce à tes fans, tu as récupéré plus de 50 000€ euros, tu t’attendais à recevoir autant ? Il va être réinvestit comment l’argent ?

Georgio : Non je m’y attendais pas, on visait 35 000€. C’était déjà très ambitieux parce que c’est beaucoup, et comme je dis, pour nous, pour tous les « prolos », c’est énorme 35 000€ mais tu te rends compte que dans la musique, c’est pas si énorme que ça pour un gros album. Je suis super fier et heureux qu’autant de gens aient participé au projet et aient envie de mettre leur pierre à l’édifice. Du coup on va le réinvestir dans un gros mix, un gros mastering, des clips et une grosse promo pour que le plus de personnes possible entendent parler du projet.

BCL : Du coup ça te permet de rester indépendant, de bosser avec tes potes. Ça te tient à coeur ça ?

Georgio : Ouais carrément, mais en fait je bosse pas beaucoup avec mes potes. Il y a Diabi qui enregistre tous mes projets, mais les autres beatmakers ne sont pas forcément des potes, ce sont des connaissances. Parfois on ne se connait même pas mais ils font de la bonne musique. Mais oui, c’est mieux en indépendant, je m’y retrouve mieux en étant mon propre directeur artistique.

BCL : Tes textes sont assez sombres, est-ce que tu es vraiment comme ça dans la vie ?

Georgio : Ouais. Enfin c’est une certaine partie de moi. Il n’y a pas que ça, mais moi généralement je ne sors pas. Si je sors deux jours dans la semaine c’est un exploit presque. Sauf quand j’ai des rendez-vous mais en général je reste chez moi et je me torture l’esprit tout seul. Donc oui ma musique c’est vraiment moi, mais c’est super instinctif, c’est-à-dire que j’ai dis certaines choses que je ne pense plus aujourd’hui. Et d’autres que je pense aujourd’hui mais que je n’écris pas et qui me ressemblent. C’est juste une partie de moi qui est plus mise en valeur qu’une autre, parce qu’elle est plus intéressante et plus complexe. Et puis, quelqu’un qui est vraiment heureux en entier il est juste chiant. C’est une phase du C.SEN qui disait « T’es vide comme un ciel bleu » , moi je trouve que ça résume bien. J’aime bien cette idée.

BCL : Et tu te vois comment dans 10 ans ? Si tu n’avais pas fait du rap tu aurais fait quoi de ta vie ?

Georgio : Je me suis jamais posée la question. Si ça ne marchait pas, j’aurais peut-être repris les études pour être journaliste sportif, ou peut-être que je serais en NBA à cette heure-ci, mais ça, c’est pas encore sûr. En tout cas le rap c’est ce que j’aime le plus donc finalement je crois que c’était vraiment le destin que j’en fasse.

« Je pense que c’est possible de durer. Tout dépend du discours et de la musique » (Georgio)

BCL : Il y a des mecs qui ont commencé le rap alors que tu étais même pas né et qui sont encore là, est-ce que tu crois qu’aujourd’hui c’est possible de durer aussi longtemps ?

Georgio : Ouais carrément, parce qu’au début des 90’s, les mecs écoutaient du rap et maintenant ils ont vieilli donc il veulent peut-être une musique plus mature. Je pense à quelqu’un comme Oxmo, qui peut-être s’éloigne un peu du rap et se rapproche d’un truc un peu plus musical, un peu plus ouvert, mais du coup ça plait à d’autres personnes. Je pense que c’est possible de durer. Tout dépend du discours et de la musique.

BCL : Est ce que tu lis beaucoup ? Tu lis quoi en ce moment par exemple ?

Georgio : Là, j’ai envie de commencer Voyage au bout de la nuit de Céline, mais comme c’est un gros livre j’ai du mal à me mettre dedans donc en ce moment je ne lis rien. Et, je viens de finir Les forêts de Sibérie de Sylvain Tesson.

BCL : Tu as du temps pour lire quand même ?

Georgio : Oui, quand tu survis de ta musique, j’aime bien la nuance avec vivre, t’as énormément de temps à toi. Et puis quand tu as envie d’écrire et que tu n’y arrives pas, tu lis et ça t’inspire. Mais je ne lis pas plus de deux livres par mois, un ou deux livres par mois.

« J’écoute du rap à 90% sinon j’écoute Miossec ou Damien Saez. » (Georgio)

BCL : Et les artistes que tu écoutes en ce moment ?

Georgio : En ce moment j’écoute le dernier album de Kendrick Lamar, j’adore l’album de Miossec, 1964. J’écoute du rap à 90% et quand je n’écoute pas du rap j’écoute Miossec ou Damien Saez, c’est tout.

BCL : Tu as d’autres projets avec Fauve ?

Georgio : Non, pas d’autres projets pour l’instant. Après ce sont des potos. Hier encore avec Diabi on était à leur concert à la Flèche d’or, et la semaine prochaine je fais trois dates avec eux en première partie. Donc des projets de concerts mais c’est tout. Et je leur envoie de la force et de l’amour.

BCL : Tu dis : « Les concerts c’est comme une drogue ». Est-ce qu’il y a des concerts qui t’ont vraiment marqué ?

Georgio : Ouais, bien sûr. Celui où j’ai eu la plus grande émotion, je pense que c’était le Nouveau Casino, parce que c’était mon premier vrai gros concert. C’était complet et c’était aussi le premier gros truc que je faisais sur Paris. Quand je suis montée sur scène pour mon premier morceau j’en ai pris plein la vue. C’était fou ! Je trouve que c’est un peu comme une drogue parce que la sensation avant de monter sur scène est assez incroyable, c’est assez particulier. Et après, quand le concert se termine, c’est un peu comme la re-descente. Tu passes d’une situation de bonheur absolu pour retourner à ta vie de merde et tu es juste pas bien.

« C’est peut-être des problèmes de riches mais au final ça te torture autant l’esprit » (Georgio)

BCL : Ta vie elle a changé maintenant, c’est plus une vie de merde ?

Georgio : Si un peu, mais c’est pas la même merde tu vois. En fait c’est plus un truc psychologique que matériel. C’est peut-être des problèmes de riches mais au final ça te torture autant l’esprit.

BCL : Et le concert où on t’a rasé la tête sans faire exprès et tu ne trouvais plus de coiffeur, ça t’a marqué aussi ?

Georgio : Ouais, en fait c’est mon pote N’Kruma. Il devait me refaire un petit dégradé, il devait me refaire une beauté quoi ! Sauf qu’en fait il avait pas mis les sabots sur son rasoir et il m’a rasé à blanc le bas de la tête. Je ressemblais à un punk, à un skinhead. Heureusement il y a un Egyptien en bas de chez moi, il m’a sauvé la vie ! J’ai attendu une heure chez le coiffeur, je suis arrivé en retard aux balances, mon DJ gueulait… Rarement une personne m’a aussi peu respecté, vraiment.

BCL : Tu as des photos ?

Georgio : J’avais des photos, je les ai mises sur Twitter 5 minutes, mais en fait ça m’a pas fait rire, je me suis juste dit que c’était « ficha » donc j’ai supprimé le tweet. Mais pour l’anecdote, on m’a raconté qu’une meuf, qui kiffe ce que j’ai fait, a pris les photos et les a imprimé pour les mettre en poster dans sa chambre.

BCL : Dernière question. Vald est passé ici il n’y a pas longtemps et il nous a dit qu’il fallait absolument que vous fassiez le morceau George V que vous aviez prévu. Il nous a confié également que si vous ne l’aviez pas fait en mars vous étiez vraiment des gros gays. C’en est ou du coup ?

Georgio : Vu qu’on l’a pas fait, faut savoir que c’est moi qui vais l’enculer, je préviens direct. Non mais faut qu’on le fasse. Vald c’est un mec à qui j’envoie aussi de la force et de l’amour.

Propos recueillis par Alice.

Revivez le concert de Georgio au Ferrailleur :