Roger Dimanche Nantes, l’éternel street regard

Roger Dimanche Nantes. Posés à la terrasse du «Chien stupide», on a rencontré Roger Dimanche. Pendant plus d’une heure, on a parlé de tout et rarement de rien avec ce street artiste qui a commencé en 1988 à peindre les murs de Nantes. Big City Life vous propose de vous noyer dans le regard d’un homme pour y découvrir son parcours, ses œuvres, ses performances, ses anecdotes mais surtout la vision de son art… Street!

Roger Dimanche Nantes : Interview by Big City Life

BCL : Première question toute simple. Qu’est ce qui vous a donné envie de dessiner sur les murs ? Est-ce que cette envie a un lien avec votre nom justement Roger Dimanche ?

RD : Quand je vais travailler dans la rue, c’est souvent le dimanche. Parce que le dimanche c’est une journée un peu particulière, les gens ne travaillent pas, il n’y a pas de circulation. C’est moins speed et je suis plus à l’aise pour travailler dans la rue. C’est intimidant de travailler dans la rue devant des gens. Ce n’est pas toujours facile. Donc c’est en pratiquant que le nom Roger Dimanche a donné du sens à ma démarche.

BCL : Et il n’y avait pas un côté, «le dimanche au lieu de rester devant la TV allez voir ce qui se passe dans la rue» ?

RD : Si il y avait un peu de ça bien sûr. Et puis à l’époque c’était la période punk et les groupes de punk avaient des noms un peu à l’arrache comme ça, bizarre.

BCL : Je reviens à ma première question, qu’est ce qui vous a donné envie de dessiner sur les murs de Nantes ? Vous avez fait des études d’architecte ?

RD : Oui j’ai passé un diplôme sur la peinture murale dans le monde entier, la peinture mexicaine, la peinture traditionnelle africaine…tout cela m’a donné vraiment très envie d’être acteur aussi.

De 1988 à 2013, 25 ans d’œuvres de Roger Dimanche vous contemplent

BCL : En regardant votre parcours et notamment vos débuts, je suis tombé sur un article de Presse Océan daté du 18 février 1988 : «Enjeux d’une polémique d’esthète»

Gainsbourg Roger Dimanche cailloux quai wilson
RD : Oui tout à fait ! C’est un des premiers trucs que j’ai fait. C’était au hangar à bananes. A l’époque c’était des friches industrielles et c’est mon premier grand mur. Ca devait faire 2m50 de hauteur par 2m50 de largeur. C’était un grand visage très simple, très pop inspiré de la bande dessinée populaire. Et ensuite j’ai vu cet article, j’étais estomaqué ! Moi qui pensait être tranquille peinard…

BCL : Surtout que ça avait fait réagir la municipalité.

RD : Oui. A l’époque c’était la municipalité Chauty. Ca a fait réagir des particuliers qui n’aimaient pas ça. J’y suis retourné un dimanche après-midi et juste en arrivant une camionnette de police était en train de regarder le mur. J’ai fait demi-tour à toute vitesse avec ma voiture pleine de bombes et de peintures.

BCL : Du coup la ville de Nantes, par rapport à ce premier graffiti a pas mal évoluée. Sur l’île de Nantes les choses ont bien changé avec même des murs mis à disposition des graffeurs. Comment avez-vous vécu cette évolution ?

RD : Je trouve que ça institutionnalise vachement les choses. Moi j’ai toujours gardé le côté sauvage sans autorisation. Je demande pas la permission à quelqu’un. Quand j’ai envie d’un truc je le fais.

BCL : Dans ce que vous dites, on ressent une part d’adrénaline assez importante.

RD : Bien sûr ouais. Mais en même temps c’est une liberté qu’on donne aux gens (les murs alloués aux graffitis) donc je trouve ça quand même très positif. Tant mieux.

BCL : Et dans le street art vous êtes vraiment un touche à tout avec le pinceau, le pochoir, les affiches collées…Pourquoi ? Est-ce que c’est par curiosité artistique ou parce qu’à un moment vous en avez eu marre du pinceau puis des affiches, etc… ?

RD : C’est un peu des deux. C’est aussi de la curiosité artistique parce que j’aime bien le papier collé. Les affiches ça me permet d’en mettre sur les panneaux où il y a marqué affichage libre. Là, personne peut m’emmerder, je peux faire ce que je veux !

BCL : Justement vous avez réalisé une campagne de «Pouet !» et de «Prout !».

RD : Oui j’ai fait une campagne «Prout !» et «Pouet !» qui a fait pas mal parlé parce que c’était juste signé Roger Dimanche production. C’est un ami qui colle des affiches pour des concerts de rock et je lui en ai filé 500. Il les a collées un peu partout. A l’échelle d’une ville moi je peux en coller une vingtaine mais ce n’est pas suffisant pour avoir un impact. Donc j’ai fait appel à lui et ça a très bien marché.

«Un paysage de savane de 15-20 mètres de long dans la prison de Nantes»

BCL : Par rapport à votre parcours, j’ai vu que vous aviez réalisé des interventions dans la prison de Nantes ?

RD : Une personne qui travaillait à la maison d’arrêt en tant qu’assistant social mettait en place des activités l’été pour que les gens sortent de leur cellule. Il m’a demandé de peindre un mur de 15-20 mètres de long, avec une grille d’un côté une grille de l’autre. Vraiment l’univers carcéral ce n’est pas évident de rentrer là dedans. D’abord il faut montrer sa carte d’identité, on donne sa ceinture, on vide ses poches, etc.
Le premier mur qu’on a fait c’était un paysage de savane avec un grand fond et des animaux qui se dirigeaient vers la sortie. Il y avait une image un peu idyllique avec des flamands roses notamment.
Et puis il faut se mettre à la portée des gens qui sont là. Ce n’est pas forcément des techniciens de la peinture. Donc j’ai fait une maquette à l’échelle et ensuite j’ai travaillé avec un rétroprojecteur pour projeter morceau par morceau les dessins sur le mur.
Ils venaient par groupe de 5-6 dans le couloir fermé d’un côté fermé de l’autre. Ce n’est pas toujours facile parce que les détenus des fois ils ont envie de venir, des fois ils viennent et puis au bout de 5 minutes ils partent. Mais on a quand même réussi à faire un grand mur et j’en ai fait un deuxième et un troisième les années suivantes.

Roger Dimanche

BCL : Après vous n’avez pas retenté l’expérience ?

RD : J’aimerai bien le refaire mais après trois années ils ont peut-être eu envie de faire appel à d’autres gens. Mais si on me fait une proposition, j’accepte.

BCL : En janvier 2012, vous aviez exposé plusieurs œuvres dans une petite épicerie du quartier Chantenay ?

RD : Maintenant le propriétaire est parti à la retraite mais c’était une toute petite épicerie de quartier. Le mec aimait bien mes tableaux parce qu’à l’époque toutes mes toiles étaient inspirées d’images récupérées sur des boites de conserve, de biscuits, etc… Et je détournais le graphisme d’emballage pour en faire des tableaux. Il y avait mes tableaux et juste en dessous il y avait une série de boites de conserve de petits pois, de coca-cola. Ca s’intégrait très bien avec l’atmosphère du magasin.
Normalement c’était juste pour une semaine et au final c’est resté pendant toute une année. Je changeais les toiles de temps en temps et c’est devenu une exposition permanente.

«Lola est là !» un graffiti comme cadeau de bienvenue…

BCL : Aujourd’hui, nous sommes en 2013 et votre fille va bientôt avoir 20 ans. Est ce que vous pouvez nous raconter l’anecdote du jour de sa naissance que j’ai lu dans le livre de Sarah Guilbaud «Nantes street art graffiti» ?

RD : Au CHU de Nantes où était ma femme, il y a une fenêtre qui donne surlLa Loire et de l’autre côté, à l’époque, il y avait un pont avec un mur de béton le bordant. Moi j’y suis allé et j’ai peint «Lola est là !» avec des grandes lettres. De sa chambre, ma femme me voyait en train de peindre. Mais à un moment, j’ai vu une camionnette avec un gyrophare arriver. Les flics sont descendus m’ont pris mes papiers et m’ont emmené à Waldeck. J’y suis resté 2 heures à attendre dans un bureau. Finalement, j’ai eu un PV de 50 euros. Très gentiment ils m’ont ramené au même endroit en m’expliquant que quelqu’un avait téléphoné pour dire qu’un homme faisait un dessin sur un mur. Et depuis ce jour là, le mur est recouvert de graffitis partout (rire).

«J’aime les regards. C’est une question d’émotion…»

BCL : Dernière question. Vous avez commencé en travaillant beaucoup sur le regard, celui des femmes notamment. Sur certaines œuvres, on a parfois le sentiment d’être observé ?

RD : Oui bien sûr. C’est important. Moi je suis touché par le regard des gens. C’est ce qui m’émeut le plus je crois, dans la vie tout court. C’est sans doute pour cela que je travaille avec le regard. Les gens regardent mes œuvres donc moi je les regarde aussi. Et puis j’aime les regards tout simplement. C’est une question d’émotion…

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